"Mais il n’est point de hasard. Lorsque un homme trouve une chose qui lui est nécessaire, ce n’est pas au hasard qu’il le doit, mais à lui-même. C’est son propre désir qui la lui procure".
Herman Hesse, romancier et poète allemand ( 1877-1962 )
Cela fait un moment que j’avais envie de raconter cette histoire. Une drôle d’histoire qui m’a profondément marquée. Une histoire absolument authentique. Elle remonte à quelques mois déjà. C’était la fin de l’été. Une période creuse du point de vue de l’actualité. Je suis au bureau, il fait chaud. La température avoisine les 30 degrés. Rien de bien passionnant à se mettre sous la plume. Un mail atterrit dans ma boîte professionnelle et vient me sortir de ma torpeur. Il vient de mon rédacteur-en-chef. Ce dernier me demande d’aller faire un tour dans un "squatt". Il vient de recevoir un message outré d’un habitant d’un quartier bourgeois. L’homme dénonce avec une grande vivacité la présence " d’intrus " dans une belle maison de maître qui se situe à proximité de sa demeure. Il est en colère contre les forces de police " qui laissent faire". Le message n’est pas signé, ce qui arrive rarement, mais il semble cohérent, bien écrit. Ce n’est visiblement pas l’oeuvre d’un fou. Il n’y a rien de bien urgent à couvrir ce jour -là, nous voilà donc mon collègue et moi-même missionnés pour aller jeter un oeil à ce qui semble être un gîte de luxe pour âmes en errance. L’idée de mon chef est transparente comme une vitre fraîchement nettoyée : des squatteurs, des retraités fortunés scandalisés, des pouvoirs publics défaillants, les ingrédients essentiels d’ un bon sujet polémique sont en théorie réunis. Je soupire. J’ai horreur de ce genre de sujet. Il n’y a pas de surprises. Le monde est toujours divisé entre les gentils et les méchants. La vie est rarement aussi simple et tranchée.
Nous arrivons sur place, sans conviction. Rien ne semble indiquer à première vue que le lieu est habité. C’est une belle maison des années 20, de grande stature, aux volets fermés. Les ronces et la végétation entourent les murs défraîchis de ce qui semble avoir été la propriété d’une famille aisée. Nous interrogeons des passants, mais aucun ne semble avoir prêté attention à ce qui se tramait derrière la porte d’entrée condamnée de cette maison abandonnée. Il n’y a pas d’ordures, pas de signe de vie. Pas l’ombre d’un " punk à chien" à l’horizon.
Nous aurions pu en rester là. Rentrer tranquillement au bureau. Après tout, nous n’avions pas matière à alimenter la polémique. Cependant, poussés par un dernier sursaut de curiosité, nous décidons mon collègue et moi-même de contourner la maison et d’aller inspecter le jardin qui se trouve à l’arrière de cette grande bâtisse. Il n’y a pas de clôture, ce n’est pas bien compliqué. Nous découvrons alors cette verrière d’un autre âge, ouverte à tous les vents et ce déconcertant petit escabeau , qui illustrent le début de ce post.
Il semblerait que la maison accueille bien finalement des invités surprises. Il n’y a toujours pas de bruit, aucun signe de vie, rien que cette fenêtre ouverte, qui vient titiller encore davantage notre curiosité. Nous aurions pu en rester là. Encore une fois. Mais cette fenêtre semblait nous inviter à entrer. Qui pouvait bien vivre dans cette maison ? C’était l’occasion de le savoir enfin. Mon collègue entre le premier. Je l’attends à l’extérieur, le coeur fébrile, en me demandant si le comité d’accueil allait être assuré par une armée de toxicomanes ou par des militants du collectif " Droit au logement".
Je l’avoue, ce petit moment de suspens a pimenté une journée qui s’annonçait bien morne. J’attends donc toujours bien sagement dans le jardin pendant que mon collègue s’engouffre dans une pièce sombre . Sa voix enjouée me parvient soudain. Je l’entends dire : " Bonjour Madame ! Ah, vous êtes toute nue "! J’éclate de rire, interloquée. N’y tenant plus, je me hisse sur l’escabeau branlant, convaincue, que mon collègue est en train de me faire une bonne blague.
Je pose un pied dans la véranda, je lève les yeux et j’aperçois mon collègue en grande conversation avec une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle est loin d’être nue. En vérité, elle se rhabille. Elle vient de se lever. Dans le coin de la pièce où elle semble avoir pris ses quartiers d’été, j’aperçois un canapé élimé, quelques livres de philosophie, éparpillés, un duvet rouge et des vêtements chiffonnés. C’est le petit coin de " Christine". Elle nous reçoit, un sourire aux lèvres. Nous lui expliquons rapidement, qui nous sommes, mais elle ne semble pas s’en soucier. Elle a les yeux ensommeillés. Des miettes de cannabis traînent sur la planche en contreplaqué qui lui sert de table basse. L’atmosphère est détendue mais pas du tout glauque. Je ne saurai sans doute jamais pourquoi " Christine ", ne s’est pas offusquée ce matin-là de notre présence impromptue. Elle nous explique qu’elle est étudiante. Elle est ici "en transition". Elle ne s’étend pas sur elle, nous raconte juste qu’elle vit ici la plupart du temps toute seule. " Venez, je vais vous faire visiter. Elle est extraordinaire cette maison", nous lâche-t-elle d’une voix traînante. C’est le genre d’invitation qui ne se refuse pas lorsqu’on a l’âme aventureuse. Et vous l’aurez compris, il y a en moi un capitaine téméraire, qui ce jour là n’avait aucunement l’intention de rentrer au port, sans avoir goûter les saveurs d’une terre inconnue.
A ce moment là, je ne suis plus journaliste. Plus tout à fait. Je suis redevenue une enfant, explorant le grenier d’une vieille tante éloignée. Il y a en moi une grande excitation. Je suis une exploratrice, une archéologue, découvrant un temple perdu au milieu d’une forêt épaisse. J’ai 10 ans, je sais bien que je n’ai pas le droit d’être là, mais je n’ai pas peur. Dans l’instant présent, j’ai un trésor à découvrir. Je sais qu’il n’attend que moi. Le temps s’est arrêté, paralysant par la même occasion mon mental et mes appréhensions. L’adulte responsable est restée dans le jardin. Et je ne regrette pas du tout d’avoir laissé l’enfant en moi prendre les commandes de ce curieux périple. Si je ne l’avais pas fait, je n’aurai pas été en mesure de vous raconter cette histoire. Et elle est loin d’être finie.
Premier constat, la maison est en très bon état : pas de tags, pas de déchets, les squatteurs de passage semblent prendre grand soin de cette imposante maison. Ce qui me frappe, c’est que l’électricité fonctionne. L’armoire à fusibles est pourtant loin d’être aux normes. Les pièces sont immenses, les plafonds, vertigineux. Il y a une salle de bal, un escalier en colimaçon sculpté dans un bois précieux, qui craque délicatement sous nos pas prudents. Tout est vide et d’une propreté stupéfiante. Un squatt 4 étoiles. Une arche de Noé de luxe. J’ai le sentiment d’ausculter le ventre d’un paquebot. Cette maison est décidément colossale.
Nous découvrons deux étages, mais ils sont inaccessibles. De gros cadenas nous arrêtent d’emblée à chaque pallier. Nous poursuivons notre chemin jusqu’à un grenier poussiéreux. Et c’est dans cette atmosphère étrange et paradoxalement tout à fait chaleureuse que nous découvrons, sous les toits, deux chambres absolument saisissantes. Il y a des lits en fer forgé, des gants de femmes taillés dans une fine dentelle blanche, une coiffeuse encombrée de poudres d’un autre âge, des boîtes de chocolats élégamment enrubannées, une armoire débordante de livres de biologie et de philosophie. Le sol est jonché de papiers. Il y a des affiches collées au mur. Tous ces documents jaunis datent de 1948. Je suis téléportée dans un autre temps. Tout est resté comme figé, comme si quelqu’un était parti précipitamment, laissant derrière lui un chaos ordonné. Chaque objet stocké dans ces deux chambres s’imprime au creux de ma rétine. J’ai la drôle de sensation de chercher quelque chose. Cela n’a pourtant aucun sens !
Puis, soudain, mon regard est attiré par un petit bout de papier coloré, étalé bien en évidence sur le sol à quelques centimètres de moi. Je m’empresse de le ramasser. Ce n’est pas un simple papier. C’est une carte. Elle est extrêmement bien conservée.
Et voilà à quoi elle ressemble.
Je ne suis pas particulièrement adepte des icônes religieuses. D’ailleurs ,entre nous, je suis profondément laïque. Tout ce qui touche à la religion, n’a pour moi rien de spirituel. Je crois en l’Homme pas dans les dogmes hérités d’obscurs livres saints. Mais malgré cela, cette carte m’interpelle. Je la trouve jolie. Elle dégage beaucoup de douceur. Je la retourne et là mon coeur s’emballe. Des mots griffonnés à l’encre bleue. Une écriture soignée. Un message venu d’un autre temps. Je viens de trouver mon trésor. J’ai des étincelles dans les yeux.
Voici donc ce que je découvre au dos de cette carte :
" Je veux ! Qu’il a de force ce mot lancé tout court. Il aspire aux étoiles et les atteint toujours. Dans les difficultés de tes études, dans tes résolutions, n’oublie pas cette parole Julien. Si tu veux devenir un homme de caractère, mets-là en pratique. Sans volonté l’homme est une bête. Dans ta formation à la rude école de la vie, invoque la Vierge. Elle t’exaucera".
Jos. B. 25 décembre 1942
Sans réfléchir, j’ai alors glissé cette carte dans mon sac. L’heure tournait. Il fallait penser à partir. Nous avons rapidement salué Christine et nous sommes repartis. La visite était terminée. Nos aventures avaient beau avoir été trépidantes, je savais bien que je n’allais rien en faire de " rentable". Il n’y avait pas d’histoire au sens où l’entendait mon rédacteur -en -chef. Pas de toxicomanes hargneux, pas même un voisin en colère. Juste une jeune fille et un grenier débordant de trésors oubliés.
Le lendemain, j’apprenais que les lointains propriétaires de la maison avaient finalement réussi à faire venir la police pour sécuriser les lieux. La véranda a été murée. Christine n’a pas pu rentrée " chez elle ". Je ne l’ai jamais revue. Mon collègue et moi-même avons donc été les derniers à approcher les secrets de cette maison abandonnée. J’apprendrais plus tard qu’elle était délaissée depuis 7 ans. Les héritiers dont j’ai retrouvé vaguement la trace quelques semaines plus tard n’ont jamais fait mine de vouloir la vendre, au grand désarroi de tous les agents immobiliers de ce quartier huppé. Conflit de succession visiblement.
Etrange maison. Etrange découverte. Mystérieuse aventure. Qui pouvait bien être l’auteur de ce message oublié ? Pendant des jours, cette question n’a cessé de me hanter.
L’épilogue
Je ne suis pas en mesure de pouvoir le divulguer, mais la carte que j’ai glissé dans mon sac est loin d’être anonyme. Il y a un nom et le début d’un prénom. Je lis et relis cette carte. Et je m’interroge. Est-ce une femme ? Un homme ? Joseph ? Joséphine ? Josette ? Pendant plusieurs jours, je n’ose pas aller plus loin. Puis je me lance. Sans réelles attentes, mais avec le besoin d’en savoir davantage. Avec une facilité déconcertante, je trouve un nom et un prénom qui correspondent à ceux de la carte. J’ai un numéro de téléphone, mais je n’ose pas appeler. Comment allais-je bien pouvoir expliquer que je me trouvais en possession d’une carte qui dormait dans un grenier depuis 70 ans alors que je n’étais pas sensée m’y trouver ? Le numéro est là, sur mon calepin. Je tente de l’ignorer. Un jour pourtant, sans réfléchir je prends mon téléphone et je compose le numéro. Un vieil homme décroche. Il a une voix claire mais néanmoins fatiguée. Je lui explique que je suis journaliste et que je travaille sur la seconde guerre mondiale. Je n’ai rien trouvé de mieux pour l’aborder en douceur. Je trouve une astuce pour évoquer la carte, sans me confondre. Le monsieur est ravi de me parler de cette époque. Il a 94 ans. Il est bien l’auteur de cette carte. Et il me raconte. En 1942, il donne des cours de Français à l’un des jeunes garçons de cette famille de notable qui vit alors dans cette magnifique maison " Arts déco". Le fameux Julien du message était donc son élève. Il m’explique ensuite qu’il a été enrôlé de force dans l’armée allemande en 1943, car il est alsacien. Il est envoyé sur le front russe, il vit des heures terribles, mais il s’en sort. A la fin de la guerre, il tente de renouer avec la famille de Julien, mais elle a déménagé. Il ne reverra jamais l’adolescent.
Longtemps, je me suis demandé si j’avais trouvé cette carte pour retrouver Julien, et permettre ainsi à Joseph de peut-être le revoir avant de mourir. Réflexe du mental. Il fallait bien que je trouve une explication " rationnelle" à cette aventure. Le fait est que je n’ai jamais réussi, malgré mes efforts, à retrouver les coordonnées du fameux Julien. C’était peut-être le signe que je devais m’arrêter là.
En revanche, ce que je sais, c’est que cette carte ne me quitte plus. Je la conserve comme une relique sacrée dans mon carnet de notes. Elle est devenue mon talisman. A chaque fois que je doute ou que je suis tentée de baisser les bras face aux difficultés de la vie, je récite le texte qu’elle contient comme on récite un mantra. Il y a une musique dans ces mots là qui me donne des frissons à chaque fois. Et quelque chose en moi dit : ce message, était pour toi.
Le hasard m’a mis cette carte entre les mains. Une carte lumineuse rédigée au coeur d’un des moments les plus sombres de notre Histoire. Tout un symbole. Un magnifique symbole.
" Je veux ! Qu’il a de force ce mot lancé tout court. Il aspire aux étoiles et les atteint toujours"
Cette phrase est une lueur d’espoir qui nous incite à ne pas nous résigner, à avancer, à croire en la Vie, à la puissance du désir.
Peut-être que si ce message m’a été confié, c’est tout simplement pour que je conte son histoire aujourd’hui. Peut-être que ce message est arrivé jusqu’à moi pour me rappeler, qu’il y a toujours quelqu’un qui veille sur nous, même dans les épisodes les plus sombres de notre vie.
Que retenir de cette aventure ? Rien de bien rationnel en tous cas. A vous d’écouter ce qu’elle murmure à votre coeur. Le mien me dit que cette histoire n’est sans doute pas arrivée par hasard. Depuis, je m’autorise à confier mes souhaits aux étoiles et vous savez quoi ? Elles me répondent toujours.
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Et si on prenait soin de notre joie de vivre ?
24 avr 2013 26 Commentaires
par Sandra C. dans Bonheur Tags:émotions, bonheur, christian bobin, coach de vie, coeur, crises, déprime, heureux, monde intérieur, moral, négativité, partage comment garder le moral, patricia delahaie, se proétéger, sens
" Ce qui compte c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule et tout est sauvé".
Christian Bobin, écrivain français
Photo Florence Bonnet
Regardez ces enfants. Ils jouent. Ils s’amusent. Ils sont pleinement vivants. Cela n’aura peut-être duré qu’un instant, mais lorsque je contemple cette image, je plonge toute entière dans leur joie. Je m’y reflète et mon côté sombre s’y noie. J’aime me baigner dans cette joie transparente. Elle me lave et me nettoie. Je brille alors comme une poussière d’or. Le souci, c’est qu’il suffit d’une bourrasque pour mettre cette joie à terre. Un conflit, une frustration, un échec la piétinent en un instant.
Le baromètre de mes humeurs est aussi inconstant qu’un ciel breton. Des nuages passent entre deux éclaircies. Il pleut. Il fait beau.Il fait froid. Il fait chaud. En une seule journée, je peux vivre toutes les saisons. Un coup d’oeil sur les informations du jour et me voilà morose. Un changement imprévu et me voilà fébrile et angoissée. Une incertitude et me voilà anxieuse. Des changements climatiques si troublants que parfois ils dérèglent ma boussole intérieure.
Comment faire alors pour retrouver un peu de cette stabilité joyeuse qui m’habite pourtant la plupart du temps ? C’était ma question du moment. Et comme d’habitude la réponse est arrivée par le biais d’une rencontre.
Patricia Delahaie
Patricia Delahaie est l’auteur de " Comment garder le moral même par temps de crises". Ce livre nourri par de nombreux témoignages est un véritable travail d’investigation. Psychosociologue de formation, Patricia Delahaie a été journaliste avant de devenir conférencière et coach de vie . Elle est l’auteur de plusieurs best-sellers parmi lesquels " Ces amours qui nous font mal " et " Etre la fille de sa mère".
Rencontre avec une femme qui a choisi le bonheur !
" J’ai écrit ce livre, parce que je voulais comprendre pourquoi à difficultés de vie égales, certaines personnes arrivaient à garder le moral et d’autres non ", m’explique Patricia Delahaie. Nous avons tous été confrontés un jour ou l’autre au deuil, à une perte d’emploi, à une rupture amoureuse. Autant de tremblements de terre intérieurs qui nous secouent et nous laissent parfois en ruine. La tentation est grande alors de s’enfermer dans une souffrance asphyxiante. Pourtant, certains parmi nous arrivent à se reconstruire avec une force d’âme qui défie les lois de la gravité. Ils deviennent plus légers quand d’autres sont irrémédiablement attirés vers les abîmes. Qu’ont-ils de plus que les autres, ces êtres qui regardent toujours vers le haut ?"La première chose qui m’a interpellée, c’est que les personnes qui gardent le moral, ont toujours leur bonheur dans le viseur. Elles pensent toujours à être les plus heureuses possibles quelque soit leur situation. Elles ne culpabilisent pas de se faire du bien. Au contraire, quand elles vont mal, elles inventent des stratégies pour aller mieux", détaille l’auteur.
Quand la déprime guette, il est souvent très facile de s’enrouler dans la confortable couverture de la victime en attendant que le monde ou les autres changent pour retrouver le sourire. Une attitude que refuse d’emblée les personnes positives. " La force des personnes qui ne se laissent pas abattre, c’est qu’elles sont réalistes. La vie est parfois difficile, elles le savent. Elles savent aussi que si elles ne prennent pas soin de leur bonne humeur, elle s’en ira. Il suffit d’un rien pour avoir le moral à zéro, alors elles se protègent", explique-t-elle. Elle poursuit : " Les personnes positives sont créatives. Elles se connaissent bien et ne s’attardent pas sur leurs traumatismes. Elles savent dire ce qu’elles ressentent avec précision et vont adapter le monde extérieur à leur monde intérieur. Si elles sont hypersensibles, elles vont éviter les films sombres et les discussions plombantes. Elles font très peu de choses par obligation. Elles assument le fait de vouloir aller bien ".
Garder le moral serait ainsi une posture à prendre. Une posture qui nous donnerait le droit de refuser tout ce qui mine notre bien-être intérieur. Une posture qui nous inviterait à ne pas ajouter du malheur au malheur surtout dans les situations de crise. Mais quand rien ne va comment garder le cap ?
" Notre humeur n’est pas linéaire. Nous devons l’accepter. Ne culpabilisons pas de parfois baisser les bras. On fait comme on peut", explique la conférencière. Pas question de céder non plus à une sorte de tyrannie du bonheur qui nous interdirait des passages à vide. Les émotions négatives existent. Il serait même sain de s’y abandonner. Mais pas trop longtemps. Un passage dans la machine à laver émotionnelle, peut certes nous essorer, nous nettoyer en profondeur, mais il faudrait savoir stopper le programme au bon moment, pour ensuite entamer un nouveau cycle : la recherche de solutions pour retrouver un peu de bien-être intérieur. Pour cela, à chacun ses stratégies. La créativité humaine est sans limites. " Ce que j’ai noté , c’est que quels que soient les problèmes que nous avons à affronter, le fait de porter notre attention sur les bienfaits qui existent déjà dans nos vies, permet de neutraliser la puissance des idées noires. On retrouve alors de l’énergie pour agir et surtout pour être créatif", conclut-elle.
La joie de vivre se cultive !
Et quand tout va bien ? Quand rien ne devrait venir nous perturber et que malgré tout, le spleen s’engouffre au coeur de notre monde intérieur comme un courant d’air glacé ? C’est peut-être le signe qu’une fenêtre est restée ouverte trop longtemps. Selon Patricia Delahaie les baisses de moral seraient avant tout des messages à prendre en compte : " Les chutes de moral sont des signaux d’alarmes, elles indiquent une sensibilité particulière à des pensées, des situations, des remarques. La fatigue, le changement, les doutes, l’éparpillement favorisent les baissent d’énergie", note-t-elle. C’est pour cette raison qu’il est si important de revenir à soi : "Les personnes qui gardent le moral se sont installées dans leur propre style. Elles savent ce qui fait leur bonheur et elles le recherchent à chaque moment de leur existence. Elles cultivent la joie de vivre en la nourrissant au quotidien. Quand elles sont tristes ou déprimées, elles s’arrêtent et se demandent ce qui ne va pas ", développe Patricia Delahaie.
Prendre soin de sa joie serait l’une des conditions d’un bonheur intérieur durable. Il serait également primordial de connaître nos besoins et de faire le tri dans nos pensées, car notre mental est puissant. 80 000 pensées nous traversent ,parfois à notre insu, chaque jour. Faut-il toutes les retenir ? Dans son livre, Patricia Delahaie évoque le cas de Zinédine qui explique comment il essaie au quotidien de ne pas se laisser dominer par ses pensées. Maîtriser son monologue intérieur en n’accordant pas autant d’importance à la voix qui dénigre, qui râle, qui voit tout en noir demande une certaine discipline. C’est vrai. Mais c’est une manière de ne pas abdiquer, de continuer à avancer. Pour Patricia Delahaie, garder le moral signifierait donc avant tout " ne pas se décourager de vivre ". Qu’est-ce qui nous donne envie de vivre ? Voilà la question qui mériterait d’être posée plus souvent. Les réponses se cachent dans les profondeurs de notre âme, cet oasis où nous irons puiser nos forces lorsque nous traverserons des déserts.
Patricia Delahaie avoue que l’écriture de ce livre l’a transformée. Elle m’explique qu’aujourd’hui, elle se laisse beaucoup moins démoraliser. " Avant quand j’étais malheureuse, j’y croyais totalement. Maintenant au lieu de me dire que je suis malheureuse, je me dis que j’ai été contrariée par ceci ou cela. C’est très différent. Je me donne aussi beaucoup plus le droit d’éviter ce qui m’enfonce. C’est important de prendre soin de son moral. Si je ne prends pas soin de moi, qui va le faire ?"
Je retiens que prendre soin de soi est un devoir, un pacte que nous devons conclure avec nous-même au quotidien. Je retiens également que nos tempêtes intérieures ne sont que passagères, et que nous les traversons tous un jour où l’autre. Je retiens enfin qu’il est plus judicieux de regarder passer nos pensées avec le détachement d’un brin d’herbe. Nos pensées sont comme les nuages, elles ne font que courir dans le ciel. Où peuvent donc bien aller les nuages ? Ne finissent-ils pas par se dissoudre ?
C’est drôle le pouvoir des mots. Il me suffit d’écrire ces dernières lignes, et l’image d’un soleil jaune comme une orange s’impose sous mes doigts et éclaire mon clavier. C’est sans doute le temps qu’il fera demain. Demain est un mot ensoleillé. Il est juteux de promesses. Mais il y a un autre mot plus fort encore. C’est "maintenant". Maintenant. Je peux lui mettre du bleu, du jaune, de la nuit ou du jour. Maintenant je peux en faire ce que je veux, car au fond l’artiste de ma vie, c’est toujours moi, ici et maintenant.
Et vous ? A quoi ressemble votre soleil ? Qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est -ce qui vous remonte le moral ?
N’hésitez pas à partager vos expériences sur le sujet !
NB : Merci à la photographe Florence Bonnet pour avoir collaboré à cet article ! Ses portraits d’enfants sont fabuleux ! Allez voir !
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Liens pour aller plus loin :
-Le blog de Patricia Delahaie
-Comment garder le moral, même par temps de crises
6, 10 euros Le livre de poche