Deux histoires de renaissance !

Cet été, ma route a croisé deux femmes âgées toutes deux de 45 ans passés.  Deux femmes bléssées qui ont tout donné et tout perdu au nom de l’amour.  Jusqu’à leur âme. Le coeur en miettes, elles ont toutes deux, chacune à leur manière sombrés dans cet espace où le désespoir semble étouffer à jamais toute parcelle de confiance en la vie. Et pourtant. Ces femmes poussées par une incroyable force plus grande qu’elles -mêmes, plus grande que leur malheur ont malgré tout trouvé en elles d’incroyables ressources pour renaître de leurs cendres. Je vous offre ici leurs histoires respectives. Deux histoires comme des lanternes incandescentes lancées dans l’obscurité de la nuit.

Artiste : Nicole Fernandez

 

" Ne sous-estime pas l’endurance de la vieille femme sage. Même déchirée et maltraitée, elle possède un autre soi sous celui qui est assiégé, un soi primaire, rayonnant, incorruptible, un soi lumineux à jamais entier."

Clarissa Pinkola Estès "La danse des grands-mères"

La renaissance de Sabine!

Elle a le rire facile. Sabine est une petite femme blonde, au teint hâlé, et au corps longiligne. Je l’ai rencontré sur la plage. C’est l’ amie d’une amie. Dès le premier contact elle est chaleureuse. Converser avec elle est un bonheur. Chaque mot dans sa bouche se ponctue toujours par un éclat de rire. Elle est présente, vivante, joyeuse. " Maintenant ma vie c’est l’instant présent", déclame-t-elle, les yeux pétillants. Je me rapproche, attirée comme un aimant par cette femme solaire. Je me fais une place à côté de sa serviette, car mon coeur a bien envie d’en savoir plus. Et Sabine me raconte. Elle m’offre son histoire, que je reçois comme un cadeau, car la jeune femme que je suis est impatiente de découvrir  la vieille femme sage que je devine en elle. Une femme sage et lumineuse, qui a pourtant traversé les ténèbres avant de retrouver la lumière.

" Je suis restée 16 ans avec un homme. 16 ans de bonheur. Il était musicien, saxophoniste, j’étais sa choriste. On travaillait ensemble, on vivait ensemble. Le milieu des artistes tu sais :  la fête, les concerts, les tournées. On a pas eu d’enfants. J’aimais notre vie. Après 16 ans de vie commune , il m’a demandé en mariage. J’avais rien demandé. J’étais heureuse. On a fait un beau mariage. Un grand mariage. J’étais sur un nuage. ", murmure-t-elle. Une semaine après, il est parti, comme ça, sans explications, sans donner de nouvelles. Il est sorti et puis je l’ai pas revu. Au début je me suis pas inquiétée. Les artistes tu sais, c’est spécial. Ils sont lunatiques, imprévisibles. Intérieurement j’étais angoissée. Je comprenais rien. "

Elle poursuit, le regard plus sombre:" Une semaine passe. Toujours pas de nouvelles. Je me rends au marché. L’une des vendeuses sur la place m’interpelle. Ton mari, je l’ai croisé hier, avec une brunette me lance-t-elle avec un grand sourire. Tout le village était au courant, sauf moi. L’humiliation. Et toujours pas d’explications. La veille de son départ, on venait de faire l’amour. Il m’a demandé en mariage, alors pourquoi ? Pourquoi est-il parti avec une autre. J’ai jamais compris. Il ne m’a jamais donné d’explications. Je l’ai revu au divorce. Je l’ai supplié de m’expliquer. Le plus terrible c’est quand il m’a dit qu’il  n’avait rien à me reprocher."

Le divorce laisse Sabine à genoux. Du jour au lendemain, elle perd son amour, sa maison, son travail. Le jeunette l’a remplacé dans le groupe  de musique de son ex-mari. " Je suis partie avec un sac de fringues, sans rien ", explique-t-elle.

Et le gouffre du désespoir l’avale au fil des mois. Elle perd le goût de manger, devient anorexique. " J’ai fini à l’hôpital, je pesais 34 kg".  Je sursaute, je la questionne mais comment as-tu fait Sabine  pour te sortir de ça ? "J’ai touché le fond. Je pouvais pas aller plus bas, alors j’ai enfin pu remonté, je crois que c’est ça" . Elle sourit.

Mais son histoire ne s’arrête pas là. Sabine sort de l’hôpital, elle revient à la vie doucement, sur la pointe des pieds. Mais son estime de soi est en miettes. La trahison est une blessure qui  fait des ravages jusque dans les tréfonds de l’âme . Mais la vie la pousse à avancer tant bien que mal. Elle retrouve alors un nouveau compagnon. La relation est destructrice. " C’était un pervers narcissique, et pourtant je suis restée, persuadée que mon amour allait le changer." L’histoire va durer 5 ans.

Pendant ces années de brouillard, son corps lâche. L’anorexie a laissé des traces. Une banale chute, et la voilà avec un poumon perforé. Elle fait un arrêt cardiaque aux urgences. " Je suis morte 14 secondes avant qu’on me réanime. Je me suis vu partir, j’avais plus d’air, comme quelqu’un qui se noie. J’au vu ma vie défiler. J’ai vu mon père décédé. Il m’a dit non pas encore. C’était pas le moment pour moi  de mourir", m’explique-t-elle.

Lorsqu’elle revient de cet entre -deux mondes, elle est comme baignée dans une énergie nouvelle.

"Aujourd’hui, je vis l’instant présent, il y a toujours eu un fond de joie en moi, d’optimisme. Cette expérience m’a juste rappelée que rien dans la vie n’est acquis. Alors mieux vaut  voir les choses positives, cultiver l’amitié, passer des bons moments tant que c’est possible."

Sabine ne croit pas en Dieu, mais elle a la foi. Elle imagine qu’il y a une force quelque part qui nous dépasse. Son coeur reste malgré tout  fragile. Faire confiance à un homme ? " J’aimerais mais ça risque d’être difficile. Je donne tout, je suis entière. Et j’ai peur encore d’être bléssée ", conclut-elle.

" Intuitivement, dans sa psyché, une femme comprend qu’être en bonne santé c’est avoir une santé florissante. Lorsqu’elle est bléssée, il y a dans son esprit et dans son âme, un filament vibrant et vivifiant qui envers et contre tout, pousse en direction de la vie nouvelle"

Clarissa Pinkola Estes, conteuse et psychotérapeute 

L’éveil de Fabienne

Quelques mois après cette rencontre, je découvre Fabienne. Elle a à peu près le même âge que Sabine. Elle est infirmière. Elle soigne les malades et les coeurs. C’est une femme très spirituelle, elle s’intéresse à tout ce qui fait grandir l’âme. Un centre d’intérêt commun qui nous pousse à avoir un échange plus profond. Elle m’explique que son cheminement intérieur est récent, mais que la spiritualité l’accompagne depuis toujours. Jusqu’a 7 ans, c’est une petite fille sensible, qui ne comprend pas comment Dieu peut être amour et créer la guerre.  A 20 ans, le décès de son frère l’interroge sur la vie après la mort. Elle est curieuse, son esprit est ouvert aux mystères. Elle se relie encore un peu plus avec cette conscience impalpable qui nous invite à regarder de l’autre côté du miroir.

Mais son vrai chemin spirituel commence au moment où elle vit  une crise très profonde." J’ai fait une dépression, et en même temps j’ai tout perdu , mon compagnon m’a quitté, en emmenant toutes mes économies et en plus en me laissant des dettes." Une descente au enfers dont elle s’est pourtant relevée. " J’ai alors du me tourner vers l’intérieur pour vivre", explique-t-elle. Elle poursuit : " J’étais à la limite du suicide et puis la lumière intérieure était là. J’ai trouvé la force en focalisant sur le positif. Je t’assure qu’on en trouve. Tu sais maintenant je suis plus heureuse en ayant beaucoup moins. Je n’ai plus peur de perdre quelque chose. Je me réjouis de peu comme de beaucoup, ce sont des petites victoires de chaque jour".

Je lui demande ce qui l’a empêché de passer à l’acte, et de mettre fin à ses jours. Elle répond : " Je me disais que c’était trop facile et qu’il faudrait que je recommence dans une autre vie donc pas question j’étais horrifiée d’avance et donc j’ai retroussé mes manches ".

Fabienne est heureuse de partager son expérience, elle en parle facilement autour d’elle. "Souvent les gens me disent oui mais toi t’es courageuse et là j’éclate de rire. Moi courageuse ? Pas du tout j’ai surtout pas eu le choix", poursuit-elle.  " Je n’en retire aucunement de lauriers car je ne suis pas fière de toute mes responsabilités. J’ai refusé de voir pendant deux ans les manigances de mon compagnon. Tout le monde le voyait et pas moi. Il y avait pourtant des signes." Fabienne explique qu’elle s’est oubliée : "Je n’ai pas voulu voir parce que je ne connaissais pas encore le côté … la souffrance des autres n’est pas la tienne et j’étais trop dans l’empathie. Je me niais toujours pour les autres.  Encore un héritage inconscient de la pensée judéo-chrétienne."

Ce parcours chaotique a malgré tout fait grandir cette femme hypersensible :" Chaque jour est un apprentissage. Aujourd’hui je vis essentiellement dans le moment présent. Je ne vis plus dans le passé et je n’ose pas me projeter encore dans le futur. Je suis aussi plus consciente de ce que je vis. Je vis intensément chaque minute. Cela veut dire que lorsque je suis avec mes neveux par exemple, je joue. Quand je  suis devant l’ordinateur je lis, je réfléchis et quand  je fais le ménage dans ma maison, je fais le ménage en moi".

La renaissance intérieure de Fabienne sonne comme une seconde chance." Je deviens de plus en plus moi, mais n’y suis pas encore. Celle d’avant est devenue presque une inconnue".

Fabienne tout comme Sabine sont les preuves vivantes que la transformation intérieure est possible. Les épreuves de la vie nous poussent  à changer. Mais c’est finalement toujours un choix qui enclenche cette mutation. Un choix guidé par l’énergie même de la vie, cette source mystérieuse et puissante qui prend naissance dans les profondeurs de la psyché féminine.

Leurs témoignages sont comme des phares dans la tempête de nos incertitudes et de nos peurs. Elles  nous apprennent également une chose qui me paraît essentielle : l’énergie vitale dont nous sommes tous constitués est toujours plus forte que  la peur et que le désespoir ! Faut-il attendre d’être aux portes de la souffrance pour découvrir cette énergie au fond de nous-mêmes ?

Demain vous aussi vous pouvez renaître à vous-même si vous le choisissez. La douleur n’est pas un passage obligé de la (re) naissance, si vous pouvez consciemment comprendre le voyage intérieur de ces femmes et leurs lumineux messages.

« Le chaos est rempli d’espoir parce qu’il annonce une renaissance. »  Coline Serreau, réalisatrice française

Pézénas, Hérault, France

Liens pour aller plus loin :

Un livre : La femme au miroir d’Eric-Emmanuel Schmitt Une belle histoire de portraits croisés de femmes

Le travail de Clarissa Pinkola Estés

Les oeuvres et le site de l’artiste Nicole Fernandez

Photos : Sandra C.

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18 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Maria
    août 16, 2012 @ 09:24:34

    Merci Sandra pour ce joli article et la beauté des ces femmes mise en valeur par le beauté de ton récit. Honnêtement, beaucoup d’émotions à la lecture de ces deux témoignages et une interrogation pourtant. Tu dis que changer est un choix et tu as raison. Et Fabienne dit qu’elle n’avait plus le choix et que ce n’était plus une question de courage, qu’il fallait avancer, s’en sortir. C’était pourtant un vrai choix qu’elle a fait, un vrai choix, celui de la vie!
    Mais pourquoi nous faut-il descendre si bas avant de choisir la VIE? Pourquoi ne sommes nous pas capables d’apprécier ce qui est là, ce qui a toujours été là en attendant que nos yeux daignent se porter dessus??

    Répondre

    • Sandra C.
      août 16, 2012 @ 10:51:17

      C’est ce que je voulais dire …pourquoi ne ferions-nous pas le choix conscient de vivre l’instant présent et de se connecter au positif:) c’est mon message, la leçon que je retiens de leur témoignage ….ne ps attendre d’être au fond pour comprendre cela et appliquer dès aujourd’hui leurs messages :) heureuse de savoir que cet article t’a parlé :) c’est le sens de mon travail , c’est ce qui me pousse à faire tout ça !!!

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      • Maria
        août 16, 2012 @ 19:34:04

        Oui Sandra j’avais compris la fin de ton article. En fait, il me semble que je suis incapable de faire ce choix. Tout comme Fabienne, je me nie pour les autres et j’en crève, et il faut croire que malgré le fait que je pense être descendu très bas, je ne suis pas encore au fond pour taper du pied et remonter.
        Je veux mais je ne fais pas et ça me déprime. Je n’arrive pas à faire le choix de la VIE, alors je survis, je tiens le coup, je fais semblant…
        Merci pour ton blog, il est super

      • Sandra C.
        août 16, 2012 @ 19:42:35

        j’ai envie de te dire maria dans l’instant présent lâche prise, laisse aller..le moment arrivera dans l’instant présent, ou tu auras tes réponses..;à chaque fois que ton cour souris à la vie dans les petits pas du quotidien, tu fais grandir la lumière, il y a toujours un moment ou un rayon passe…petit à petit en portant attention à ce bien-être intérieur on l’autorise à grandir en nous ….je te souhaite de trouver ce que tu cherches en toi …
        merci de tes encouragements et ne soit pas dure avec toi-même…chacun son rythme…belle nuit à toi !!!

  2. Valais67
    août 16, 2012 @ 09:29:25

    Merci pour ces deux magnifiques témoignages. Parfois la souffrance creuse la place en nous pour y laisser entrer la joie et la quiétude. C’est difficile de dire et d’entendre cela, mais des plus grandes souffrances sont souvent nées les plus belles oeuvres… Tout n’est qu’une seule chose et nous incite à évoluer. Vers quoi? je ne sais pas :) Belle fin de semaine et merci encore pour ses partages

    Répondre

  3. Suzie Matte
    août 17, 2012 @ 01:57:40

    Merci Sandra pour ce bel article sensible. J’aime cette phrase : l’énergie vitale dont nous sommes tous constitués est toujours plus forte que la peur et que le désespoir ! Oui et ce sont souvent par les épreuves qu’on recherche cette force en nous, sinon on est juste trop confortable dans le train train quotidien.

    Répondre

  4. Eliane WItzig
    août 17, 2012 @ 11:02:11

    Qui ne connait pas l’ombre ne comprend pas la LUmière, qui a oublié son enfant intérieur le cherche à travers les autres … Mais on ne peut exister vraiment que lorsque l’on s’est trouvé en soi même … Alors la LUmière qui est en nous se met à briller de plus en plus fort, à nous réchauffer, à émaner de nous comme une force indestructible et vraie, elle illumine à travers nous … Là seulement nous devenons aptes à nous aimer et c’est à travers ce que nous rayonnons que nous pouvons vraiment aider les autres car plus aucune part de nous ne saurais nous manquer ; nous avons TOUT donné déjà jusqu’à la souffrance et nous avons gagné l’UNITE car nous sommes UN et TOUS … ce que nous donnons aux autres nous le donnons à nous même car nous avons appris à recevoir.

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  5. barbaramattio
    août 17, 2012 @ 16:39:56

    very nice and I love the painting. You have shared important thoughts.

    Répondre

  6. eof737
    août 18, 2012 @ 08:43:41

    Beautiful painting and once I start my classes, I will practice translating your pages. ;-)

    Répondre

    • Sandra C.
      août 18, 2012 @ 10:44:49

      thank you so much dear eli …the light shine again :) i have receidev so may wonderful messages from the angels ;) i will tell you one day :) it about a candle, a church , the prsent moment and a message :)

      Répondre

  7. touchersensible
    août 18, 2012 @ 16:17:57

    Merci Sandra pour ces témoignages pleins d’espoir! Oui renaître à soi c’est possible, je l’ai vécu et quel beau cadeau! Le plus incroyable quand on touche le fond, c’est que la vie nous tend les bras et met sur notre route des gens prêts à nous aider et à l’illuminer. Du coup le traumatisme se transforme en une formidable opportunité d’évolution et de changement! Aussi douloureux que ça ait pu être, ce qui m’est arrivé était un vrai cadeau du ciel. Tout le travail intérieur que ça a enclenché m’a permis de me découvrir et de créer une vie en accord avec ma vraie nature. Tout est cadeau et opportunité de changements, si l’on décide de suivre le flot de la vie! :)
    Elise

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  8. Sandra C.
    août 18, 2012 @ 16:49:14

    merci élise de partager cela :) l’espoir fait vivre et ce n’est pas qu’une phrase lancée comme ça , c’est une vérité ancestrale !!!heureuse d’avoir croisé ton chemin !!!

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  9. fabienne
    août 20, 2012 @ 07:55:45

    Sandra, en effet je remarque que j’ai bien effectué un choix celui de la vie, j’aurais pu abandonner la bataille avec moi-même, j’ai fait le choix donc de la prendre dans mes bras cette souffrance et de l’accepter… merci de m’avoir fait réaliser cela…

    Répondre

  10. Sandra C.
    août 20, 2012 @ 11:47:41

    ;)

    Répondre

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