Le congé solidaire : l’expérience de Florence !

Florence Guimezanes

Florence Guimezanes revient du Népal. Cette jeune parisienne consultante dans un cabinet de conseil a passé trois semaines en septembre dernier auprès de jeunes femmes victimes de violences domestiques et de trafic humain à Katmandou.  Durant ce voyage peu ordinaire, organisé dans le cadre d’un congé solidaire, elle a animé des ateliers à vocation thérapeutique au sein d’une association locale Planète Enfants. Une expérience très riche qu’elle partage avec nous ici.

« Chacun de nous peut représenter une différence réelle et substantielle sur cette planète. En vous engageant personnellement dans une quête de la conscience, vous assumerez vraiment un rôle marquant dans la transformation du monde. »
de Shakti Gawain extrait de La Transformation intérieure

Un voyage solidaire

« Je n’ai pas le sentiment d’être partie en mission pour sauver le monde. J’avais juste envie de faire quelque chose à mon modeste niveau  » , résume-t-elle dans un éclat de rire. Florence est une jeune trentenaire. L’altruisme, l’empathie sont des valeurs qui ont du sens pour elle depuis toujours. Cela aurait pu rester de belles idées, mais la jeune femme  décide de défendre ces valeurs  en s’engageant dans des actions concrètes. Ses recherches sur internet la mènent alors sur le site de  Planète Urgence, cette association met en relation des volontaires potentiels avec des associations en quête de compétences dans des pays en voie de développement.  « En allant sur leur site, j’ai tout de suite accroché sur cette association au Népal qui proposait d’aider des femmes victimes de trafic et de violences domestiques « , relate-t-elle. Elle commence par faire le bilan de ce qu’elle a à offrir. Et son goût pour la danse et le théâtre s’est tout de suite imposé. « La danse est un bon moyen d’exprimer les émotions et de se réconcilier avec le corps. Je me suis dit que je pouvais animer des ateliers autour de cela. Cela a plu à l’association. Planète Urgence ne recherche pas forcément des experts de l’humanitaire mais plutôt des gens motivés qui ont envie de transmettre un savoir. Avant de partir on est formé pour bien avoir en tête notre rôle de volontaire au cours de la mission« , explique-t-elle. Florence signe une convention avec l’association et son entreprise. Elle partira  sur ses congés, elle sera logée et nourrie par l’association qui l’accueille et les frais de mission seront en partie pris en charge par son employeur : c’est le principe d’un congé solidaire. Le projet est bien avancé quand, au dernier moment, son entreprise renonce à financer le voyage de Florence, restrictions budgétaires obligent. Elle décide malgré tout de partir. Pas question d’abandonner ce projet. L’engagement pousse à ne pas reculer au premier obstacle. Et la voilà qui atterrit à Katmandou en septembre dernier, accompagnée d’une autre volontaire, Sybille, une architecte qui l’accompagne pour animer des ateliers d’arts plastiques au sein de la même association.

 » Au début c’était difficile, à cause de la barrière de la langue. La plupart des femmes du foyer ne parlaient pas anglais. J’ai un peu tâtonné « , raconte la  jeune femme.  » J’avais bien réfléchi à ce que je voulais faire avant de partir. J’ai passé du temps à préparer ma  mission en lisant des livres sur l’art -thérapie et en recherchant des musiques variées. Ne sachant pas comment ça allait se passer, j’ai prévu un large éventail d’activités pour pouvoir m’adapter et j’ai affiné mes ateliers une fois sur place. »

Florence  découvre alors la terrible condition des femmes népalaises :  » Une partie des femmes qui se retrouve dans ces foyers a été chassé par leur belle- famille et leur mari. Au Népal, une femme ainsi répudiée ne peut pas retourner chez ses parents. C’est culturel.  Elle est donc souvent livrée à elle-même, sans qualification et sans moyens de s’assumer seule. La prostitution est également très répandue. Elle est plus ou moins choisie. Cela permet à des filles issues des campagnes de gagner de l’argent et d’en envoyer sous couvert d’un emploi  » honorable  » à leur famille restée au village. Nombreuses sont celles aussi qui sont kidnappées ou trompées par de fausses promesses d’emploi et se retrouvent vendues dans des bordels en Inde ». Certaines de  ces jeunes filles viennent de régions éloignées, où les conditions de vie sont dures. Elles ne sont jamais allés à l’école, ne savent ni lire, ni écrire et certaines n’ont  jamais tenu un crayon de leur vie. Le contexte est donc délicat mais Florence décide de faire confiance à son intuition. Au fil des jours, grâce à des activités simples et ludiques, la jeune femme finit par tisser un lien avec ces femmes du bout du monde.

Elle réussit à décrocher les premiers sourires en leur faisant imiter des animaux et danser la Macarena.  » J’ai commencé avec des danses et des jeux de groupe pour stimuler l’énergie collective et travailler la coordination « , explique-t-elle. Peu peu Florence tente de nouvelles choses et propose des séances de plus en plus construites. « Je leur ai proposé, par exemple, de danser les yeux bandés pour travailler le ressenti. L’objectif était d’être en accord avec la musique tout en faisant abstraction du regard des autres. « 

Florence utilise aussi la danse libre et le yoga pour les amener à prendre conscience de leur corps et à lâcher-prise. « On sentait que les femmes victimes de violences  avaient du mal à assumer leur personnalité. Leur corps était fermé, les bras souvent croisés, le regard fuyant. C’est sans doute chez elles que, paradoxalement, j’ai pu observé le plus de progrès » , raconte la jeune volontaire.

Au fil des jours, Florence commence à voir une subtile transformation s’opérer dans l’attitude de ces jeunes femmes bléssées par la vie.  » Au bout de trois semaines, certaines d’entre elles étaient plus souriantes, moins agressives. L’activité de groupe les stimulait. Ces ateliers artistiques ont permis je crois, de libérer des choses. Et puis on a beaucoup ri ensemble. C’est sans doute ce que je retiendrais de ce voyage. Les moments de joie partagés ! »

Une petite goutte d’eau dans un océan de misère 

 » J’ai eu un grand plaisir à observer les  progrès de ces femmes. C’est gratifiant. C’est peut-être une goutte d’eau  à l’échelle des problèmes de la planète mais en même temps je pense que c’est par ce type d’ actions aussi modestes soient-elles qu’on plante des graines de conscience » , explique Florence. D’autant que l’action des volontaires ne se limite pas à des ateliers ponctuels. Dans le cadre d’un congé solidaire, l’objectif est de rendre progressivement autonomes les personnes aidées localement. L’un des volets de la  mission de Florence consistait  à  former les membres de l’encadrement des foyers afin qu’ils puissent poursuivre eux-même les activités proposées.  » Nous étions heureuses l’autre volontaire française et moi même de voir qu’ils avaient envie de poursuivre certains ateliers. On a travaillé avec eux sur un plan d’action. Ils ont constaté que les arts plastiques étaient intéressants aussi pour les enfants.  Ils vivent avec leurs mères dans les foyers mais ils ne sont pas stimulés. Ils ne dessinent jamais. Leur mères n’ont pas été sensibilisées à cela. Ce n’est pas dans les mentalités »,  poursuit la jeune femme.

Au-delà de la satisfaction de se sentir utile Florence explique que cette expérience lui a aussi beaucoup apporté sur un plan plus intime : « En aidant les autres , je m’aide moi aussi à me développer, c’est un échange qui va dans les deux sens ». Elle mesure aussi sa chance de vivre dans un pays comme la France. Elle relativise aujourd’hui plus facilement les petits du tracas du quotidien et sait mieux apprécier ce qu’elle a :  » C’est tout bête, mais je fais aujourd’hui attention à ne pas gaspiller l’électricité. Au Népal  l’énergie est une denrée rare. La vie est rythmée par les coupures de courant. Alors une fois ici, je suis davantage consciente de mon confort de vie ».

Sa mission au Népal l’a aussi interrogée sur le système économique mondial et sur la notion même de développement. « La clé du développement passe forcément pour moi par l’éducation des femmes et des enfants. Dans des pays comme le Népal il y a encore beaucoup de travail. Je pense que l’objectif ce n’est pas d’ imposer nos solutions d’occidentaux , au contraire, il s’agit plutôt d’accompagner les habitants afin qu’ils deviennent des acteurs du changement dans leurs pays ».

On pourrait lui objecter que ces changements paraissent dérisoires face aux immenses défis que doivent relever les pays pauvres, mais Florence  ne veut surtout pas se laisser piéger par cette vision pessimiste du monde :  « On ne sait jamais d’avance quelles seront les retombées à long terme de nos actions. J’ai semé des graines en ne sachant pas quelles fleurs vont pousser. Mais si ça se trouve, de proche en proche, c’est tout un jardin qui va fleurir. C’est ça le mystère de la vie, on sème et on laisse la vie faire son oeuvre. Si ce que j’ai fait a des effets positifs sur le long terme, je pourrai dire que j’ai réussi ma mission. Pour moi c’est cela l’engagement. Agir à son niveau, avec ses moyens, mais agir. C’est la somme de ces petites actions qui créera selon moi un changement global ».

Liens pour aller plus loin :

Le congé solidaire avec Planet Urgence

Un rapport de l’ONU sur la condition des femmes au Népal

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11 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. carol Ash
    oct 09, 2012 @ 12:42:14

    Bravo, Florence you did it !! cet échange est magnifique et merci de nous le faire partager via Sandra….

    Bonne continuation,
    Carol (technicien repère)

    Répondre

  2. guillaume
    oct 09, 2012 @ 12:49:46

    Une belle expérience à vivre…

    Répondre

  3. eof737
    oct 09, 2012 @ 17:33:14

    It looks wonderful like you are all having great fun… Once I start my french classes I will come to see how well I’m learning. ;-)

    Répondre

  4. Zen and Genki
    oct 10, 2012 @ 04:03:00

    Arts are such a healing medium…what a lovely post, thank you, Sandra :)

    Répondre

  5. Sandra C.
    oct 10, 2012 @ 09:24:41

    thank you for stopping by…yes it’s true we need more arts in our lifes !!!! it’s a good soul medicine !

    Répondre

  6. Entrainement Humanix
    oct 10, 2012 @ 17:48:21

    Wow, belle initiative de cette jeune femme, elle est un exemple à suivre !

    Répondre

  7. vanessa
    oct 11, 2012 @ 18:06:09

    Magnifique témoignage de ce qu’il est possible, du partage. Ça me rappelle l’histoire de ce petit colibri qui fait sa part, coûte que coûte… Bravo, Florence. Merci, Sandra.

    Répondre

  8. Elodie Giacobini
    oct 12, 2012 @ 21:27:03

    Bravo ma Flo je suis fière de toi et heureuse de savoir que ces jeunes femmes ont pu connaitre quelques moments de joie grâce à toi et à cette association.

    Répondre

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